En réponse au message :

Les aveugles et malvoyants au temps du déconfinement par Hervé RIHAL, professeur émérite de droit public à l’Université d’Angers

Le mardi 19 mai 2020

Le Journal officiel du 12 mai 2020 révèle des « pépites » pour qui adore disséquer des textes et les soumettre à la critique. Dans ce domaine, l’article 14 du décret n° 2020-548 du 11 mai 2020 prescrivant les mesures générales pour faire face à l’épidémie de Covid 19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire « bat tous les records » car il est relativement incompréhensible, du moins si l’on tente de l’appliquer aux personnes aveugles et malvoyantes. A première vue, si l’on peut ainsi s’exprimer, l’on doit être satisfaits car la liste de discussion de la CTP a fourmillé de mails sur le fait de savoir si nous devions ou non être munis d’attestations, compte tenu de circulaires et autres communiqués déposés sur des sites Internet sans la moindre valeur juridique. Cette fois, nous avons un article propre aux personnes handicapées (pardon en situation de handicap, pour employer un euphémisme à la mode), même si la secrétaire d’Etat en charge de cette question n’a pas signé le décret. Jugez-en plutôt. Cet article 14 comporte deux alinéas. L’alinéa 1 prévoit « Dès lors que par nature la distanciation physique n’est pas possible entre la personne en situation de handicap et la personne qui l’accompagne, cette dernière met en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus ». Cela signifie donc que nous pourrions être guidés et ne serions pas obligés de respecter les mesures sanitaires (se moucher dans un mouchoir à usage unique, tousser dans son coude…) C’est déjà absurde et l’on voit bien que, même si nous pouvons bénéficier de cette mesure, elle est faite pour des personnes beaucoup plus gravement handicapées que nous. Enfin, appliquons la en omettant la fin, cela nous permettra d’être guidés si des volontaires se présentent. Mais l’alinéa 2 est encore plus incompréhensible : « L’obligation du port du masque prévue au présent décret ne s’applique pas aux personnes en situation de handicap munies d’un certificat médical justifiant de cette dérogation qui mettent en œuvre les mesures sanitaires pour prévenir la propagation du virus ». Cela vise bien sûr les personnes atteintes d’un trouble autistiques ou polyhandicapées qui, sans doute, auront des difficultés à respecter les gestes barrière mais pourquoi ne pas le dire ? Prise à la lettre, cette disposition nous permettrait d’aller chez le médecin pour tenter d’obtenir un certificat en lui expliquant que le port du masque nous gêne pour nous diriger (ce qui est un peu vrai) ou encore pour savoir, si dans le métro ou le bus, l’eau de toilette ou la transpiration de notre voisin se situe à plus ou moins d’un mètre de nous !!! Bref, à vouloir « communautariser » les personnes handicapées, on finit par ne plus rien y comprendre. N’hésitez pas à réagir à ces propos volontairement polémiques.

Rajouter votre témoignage

Qui êtes-vous ?

Votre adresse email ne sera pas rendue publique sur le site. Seuls les commentaires sont publiés sur le site. Votre adresse mail est nécessaire pour que nous puissions vous répondre si vous avez une question personnelle.

Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)