Séduite par le Boléro de Maurice Ravel joué depuis chez eux par les musiciens de l’Orchestre National de France, Bénédicte Lavoisier, directrice de la section BLB-Jeunes a visionné encore et encore cette vidéo mise en ligne sur Youtube pour vous en faire l’audiodescription.

Voici la vidéo de l’enregistrement d’une version raccourcie du Boléro (1928) de Maurice Ravel (1875-1937) par les musiciens de l’Orchestre National de France, confinés chez eux.

Voici maintenant, l’audiodescription que vous en propose Bénédicte Lavoisier, directrice de la section BLB-Jeunes du GIAA/apiDV.

"Quand on a vu une fois cette video, et qu’on s’est émerveillés de la fin, où l’écran est partagé en une multitude de vignettes, (une par musicien) on a envie d’y revenir et de comprendre comment ils ont créé un tel effet de surprise et d’émerveillement.

Après que chacun se soit présenté par son nom, on est on est surpris de les voir habillés en vêtements de tous les jours, chacun dans le cadre de son logement quotidien, loin des robes longues et costumes noirs des grands orchestres habituels

Et puis l’écran se trouve divisé en 3 parties assez grandes, le contrebassiste, un violoniste et le batteur – qui commence le battement sourd, le roulement intense, qui ira en croissant et grondera tout au long du mouvement.

Très vite, une quatrième vignette, la flûte traversière entre en scène, aussitôt remplacée elle-même par une autre vignette présentant la clarinette – au bout de quelques secondes, apparaissent, de chaque côté 2 femmes joueuses de hautbois.

C’est tout à coup émouvant de les voir ainsi dans leur intérieur, en vêtements « de maison » : ici un homme en pull un peu distendu, un autre en pull rose, une femme en pull à rayures marin … dans des intérieurs qui leur ressemblent sans doute : celui-ci austère et artistique, avec d’imposantes bibliothèques, ou cet autre intérieur arborant des guirlandes de boules de lumière devant une petite étagère avec une quinzaine de livres disparates. Si loin des tenues d’orchestres habituelles, de l’ensemble parfait des hommes en costumes impeccables, des strictes robes longues noires, des bijoux discrets, des coiffures appliquées…

Le roulement de la batterie, sourd et puissant gronde.
A chaque nouvel instrument entrant sur la partition, une nouvelle vignette s’ouvre, un trompettiste (trompette bouchée) rejoint tous ces instruments à vent et les cordes du début et voici une autre violoniste debout dans son salon ouvrant sur un jardin par une porte-fenêtre, puis une nouvelle contrebassiste, rejointe par un cor, soufflé par un puissant barbu.
Une des 2 hautboïstes nous arrête quelques secondes, pour nous rappeler la mélodie, puis la harpiste. Elle a probablement toujours la même proximité avec sa harpe, mais dans cette configuration éclatée, elle semble la câliner et se fondre en elle, espiègle et complice, comme pour mieux en extraire les accords.
Au milieu, le cor (entouré d’un nouveau violon et d’un alto, qui sont joués en pizzicati) et qui se répartissent maintenant sur une dizaines de vignettes.
Quatre encore viennent s’ajouter, avec un hautbois, un nouveau cor, un basson et une clarinette basse au milieu de l’écran.
Voici venir le tromboniste, avec son tee-shirt vert salade qui rappelle la gravité du morceau. Puis au milieu, le percussionniste qui semble s’en donner à cœur joie, fait des moulins avec ses bras, et frappe avec ses mailloches, semblant, plus que les autres instruments, jouer avec tout son corps.
Il y a maintenant une vingtaine de vignettes et la puissance monte, le rythme enfle, dans un envoûtement croissant, les flûtes et les hautbois sont là pour rappeler la légèreté, les cordes arrivent les unes après les autres, avec maintenant aussi un violoncelle et des cors.
Ils ont tous une oreillette, mais pas la moindre dissonance, pas le moindre retard ou décalage. Quelle maîtrise et quelle fougue !
35 vignettes, (pour finir à presque 50 !) se partagent l’écran, mêlant l’activité, l’intensité de chaque joueur, la mélodie s’enroule inlassablement sur elle-même, va en augmentant de volume et d’intensité, dévorant l’espace sonore jusqu’à l’explosion finale.

Quand l’orchestre est dans une salle, tous les violons sont ensemble et les archets suivent le même mouvement, dans la même direction, les vêtements coiffures et maquillages sont lissés, créant une harmonie austère. Mais là, toutes ces vignettes sont presque mouvantes, vêtements colorés et coiffures…approximatives créent une chaleur et une proximité tout à fait insolites. Et les archets, dans tout le désordre, parviennent presque à nous faire croire à une spontanéité La batterie obstinée et presque obsessionnelle poursuit son envoûtement.