A l’issue du forum Numérique et pratiques innovantes qui s’est déroulé en ligne le 6 novembre dernier, nous avons compilé quelques extraits de ces cinq heures de programme. Vous trouverez dès ce lundi 16 novembre, des morceaux choisis de la matinée consacrée à l’emploi, organisés selon trois thématiques abordées pendant les débats :
- Le constat, la situation
- La formation des développeurs
- Accessibilité native Vs Accessibilité tardive

Et des témoignages, des expériences, les interventions de Cédric O, secrétaire chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques et Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction Publiques.

Tout au long de la semaine du 16 au 22 novembre, soit la Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées (SEEPH), nous publierons ici des sujets et reportages pour vous faire revivre nos échanges.

A partir du 1er décembre, nous publions également les extraits et morceaux choisis des tables-rondes de l’après-midi consacrées à la culture, autour de deux thématiques :
- Le toucher
-L’audio.

Après-midi consacré à la culture
« Avec le numérique, une culture plus accessible pour les déficients visuels ? »

Toucher : interdit, d’interdire !

« L’audio ne peut pas tout faire ! ». Petite leçon de complémentarité des sens par Rima Dhrif Lebrun, chargée d’accessibilité aux publics déficients visuels à la Cité des Sciences et de l’Industrie.



Rima Dhrif Lebrun, chargée d’accessibilité aux publics déficients visuels à la Cité des Sciences et de l’Industrie : « Former les agents d’accueil à l’accessibilité est une nécessité. »



L’arrivée de la 3D comme outil de médiation : les avis de Rima Dhrif Lebrun, chargée d’accessibilité aux publics déficients visuels à la Cité des Sciences et de l’Industrie et de Marie-Pierre Warnault, Chargée de prospective en médiation à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.



Quand les outils de médiation tactile enrichissent également l’expérience des visiteurs voyants. Deux ateliers racontés par Marie-Pierre Warnault, Chargée de prospective en médiation à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.





De l’apport du toucher dans l’enseignement des arts plastiques par Florence Bernard, artiste graveuse et enseignante.



Comment devient-on graffeur en braille ? La réponse avec The Blind, street artist.



Ecouter : permis de permettre !

L’art de l’audiodescription par Dune Cherville, audio-descriptrice lauréate du Marius de l’audiodescription 2019 pour le film Pupille.



Nicolas Bardinet, bénévole de la délégation du GIAA apiDV Nouvelle Aquitaine et la folle aventure de l’audiodescription des Tintin.



Est-ce que tout est descriptible ? Oui, mais… Nicolas Bardinet et Dune Cherville.



Matinée consacrée à l’emploi
« Le numérique, chance ou frein pour l’emploi des déficients visuels ? »

Constat/Situation

Quand Pierre Marragou, président du GIAA apiDV, rappelle que le numérique intéresse les personnes aveugles et malvoyantes AUSSI pour des raisons professionnelles.

Anne Chouzenoux, coordinatrice du Club Emploi du GIAA apiDV déplore que trop de déficients visuels ne maîtrisent pas assez les outils numériques alors qu’ils sont essentiels pour améliorer leur employabilité. C’est d’autant plus important qu’en France, 50% d’entre eux en âge de travailler sont sans emploi.

Charles-Pierre Astolfi et Myriam El Andaloussi, respectivement secrétaire général et rapporteur du CNum, le conseil national du Numérique sont venus parler du rapport sur l’accessibilité numérique que le conseil a remis au gouvernement en février dernier.
Pour Mme El Andaloussi, l’accessibilité numérique est « une nécessité en matière d’accès à l’emploi ». Et la première étape, selon elle, passe par une « citoyenneté accessible ». Il y a beaucoup à faire.



Fernando Pinto da Silva, vice-président du CNCPH, le Conseil national consultatif des personnes handicapées, affirme qu’en France, « 1 personne sur 5 a besoin d’accessibilité numérique ».



L’accessibilité numérique n’est pas une notion récente. Les lois existent, mais problème, tel que le constate Armony Altinier, présidente de Koena, entreprise de conseil et formation en accessibilité numérique : « elles ne sont pas appliquées ». Selon elle, comme cela a été fait pour « la ceinture de sécurité » imposée en voiture, pour l’accessibilité, « on ne pourra pas faire l’impasse sur la contrainte ».



Armony Altinier, présidente de Koena, pointe le « gros biais culturel » français qui privilégie une « vision médicale du handicap » quand il faudrait « une vision sociale » au travers de laquelle « une personne n’est pas handicapée par la maladie ou la déficience, mais par un environnement qui n’est pas accessible. » Et ça, ça change la donne.



Comment cela se passe ailleurs en matière d’accessibilité des logiciels métiers ? Nous avons posé la question à Bachir Kerroumi, titulaire d’un doctorat en économie, chercheur à l’Ecole des ingénieurs de la ville de Paris et président de l’association Paul Guinot. Il a mené plusieurs études sur l’accessibilité numérique aux USA et en Grande-Bretagne. Il a constaté des différences majeures avec le fonctionnement français.





Accessibilité native Vs accessibilité tardive

Jacques Bédhet, administrateur du GIAA api, responsable de son Club Emploi, explique l’impasse d’une accessibilité pensée en aval de la conception des logiciels métiers et outils numériques utilisés dans le cadre du travail. « Un empilement qui coûte très cher ».



Pour Vincent Aniort, expert en accessibilité chez Orange, l’accessibilité d’un projet, c’est « du marquage à la culotte », sinon il y a « risque de dérive ».



Pour Patricia Loubet, elle aussi expert en accessibilité chez Orange, il faudrait que dans un projet, « l’accessibilité ait le même poids que la sécurité », sujet à propos duquel « on ne moufte pas ».

Fernando Pinto da Silva, vice-président du CCPH, le Conseil national consultatif des personnes handicapées, l’admet bien volontiers : « penser l’accessibilité induit un coût », mais il est « ridicule » en regard de ce que coûte une accessibilité de réparation.
Et ne lui parlez pas des plugins miracles qui rendent un site accessible en deux clics : « du Mercurochrome sur une jambe de bois ». Non, il est formel : « l’accessibilité numérique ça se conçoit avant, pas après ».

Fernando Pinto da Silva, vice-président du CNCPH et Aurélien Levy, directeur général de Temesis, société de conseil et de formation en qualité et accessibilité des sites web, expliquent que ne pas répondre à l’obligation de rendre ses logiciels métiers accessibles peut s’apparenter à de la « discrimination », que ça peut coûter cher et que les personnes handicapées commencent à d’organiser pour mieux se faire entendre.



Aurélien Levy, directeur général de Temesis, explique que « 100% d’accessibilité pour tout le monde tout le temps ça n’existe pas » et ne peut exister.





Formation

Vincent Aniort, expert accessibilité chez Orange, parle de la nécessité de former les développeurs pour partager une tâche perpétuelle : « Il faut beaucoup de gens et de la connaissance ».



Nicolas Chagny est le directeur général de Webforce3, réseau d’écoles du numérique qui forment notamment des développeurs.
Pour lui, « si on continue à enseigner le web sans commencer par enseigner l’accessibilité, on se trompe ».

Et si la solution passait aussi par la formation de développeurs eux-mêmes en situation de handicap ? Nicolas Chagny de Webforce 3, n’est pas contre. D’ailleurs il a passé des accords avec l’Agefiph et d’autres écoles pour en former 500 tout prochainement.





Témoignages

Olivier Sicard, directeur clientèle de ICF Habitat, bailleur social filiale de la SNCF (95.000 logements gérés), témoigne de son expérience en tant qu’employeur de salariés en situation de handicap visuel. « J’encourage tout le monde à vivre ce que j’ai vécu », dit-il.



Chez Orange, explique Vincent Aniort, expert accessibilité au sein du groupe, il y a « 80.000 salariés pour 15 personnes en charge de l’accessibilité. »



Khadija Id Amar est chargée du dialogue sociale à la Préfecture de la Région Ile de France. Aveugle, elle témoigne de ses conditions de travail. Si ses besoins sont bien pris en compte, « la notion d’accessibilité n’est pas toujours comprise par son entourage professionnel ».




Julien Mary, responsable juridique malvoyant de Enercoop, une PME de 150 salariés, invite lui aussi les salariés déficients visuels à faire remonter leur réalité en matière d’équipement, « pour éventuellement attirer l’attention de leurs responsables ».

Mikaël Carrié, directeur de projet chez Accenture, confesse avoir « un côté un petit peu optimiste », mais il est conforté dans ce trait de caractère par « une prise de conscience » en faveur de l’accessibilité qu’il observe de plus en plus chez les clients du groupe leader en conseils et de technologie. Attention, ce témoignage est double.







_ Un manifeste pour un numérique inclusif favorisant l’emploi des personnes handicapées de la vue

Les six propositions « issues de remontées de terrains » remises à Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, présentées par Thibaut de Martimprey, administrateur du GIAA apiDV.



Intervention de Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques.




Echange entre Pierre Marragou, président du GIAA apiDV et Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction Publiques. Où il est question notamment d’un objectif de 80% de démarches administratives en ligne accessibles dès 2022 (contre 12% aujourd’hui), de 500 millions d’euros pour mettre à niveau le numérique de l’Etat et des collectivités selon 7 critères dont celui de l’accessibilité.